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Directive sur la transparence salariale : Comment préparer votre révolution RH avant 2026 ?. — CompetencesRH

Lancement du compte a rebours

Le compte à rebours est lancé. D’ici au 7 juin 2026, la France doit avoir transposé la directive européenne (UE) 2023/970 sur la transparence des rémunérations . Si un "bouchon législatif" pourrait décaler l'application effective à la fin 2026, voire début 2027, le texte est déjà public et ne laisse place à aucune ambiguïté : le secret salarial vit ses dernières heures . Pour les managers RH, ce n'est pas une simple mise en conformité administrative, mais une véritable mutation culturelle.

Le défi du "travail de valeur égale"

Au cœur de cette réforme se trouve le concept de travail de valeur égale. Il ne s'agit plus seulement de comparer des postes identiques, mais des fonctions différentes mobilisant des niveaux d'exigence similaires . Pour ce faire, la directive impose quatre critères objectifs de comparaison : - Les compétences : Savoir-faire techniques, diplômes, mais aussi "savoir-être". - Les responsabilités : Degré d'autonomie, management et périmètre d'action. - Les efforts : Charge physique et mentale. - Les conditions de travail : Facteurs environnementaux, localisation et pénibilité. L'enjeu pour les RH : Cartographier les métiers dès maintenant. Il faut distinguer la rémunération du poste (valeur objective) de la rémunération de la personne (expertise, performance individuelle) pour être capable de justifier chaque euro de différence

Recrutement : la fin des non-dits

La directive va radicalement transformer vos processus d'embauche. Désormais, l'employeur doit fournir une fourchette de rémunération dès l'offre d'emploi ou avant le premier entretien . Plus significatif encore : il sera strictement interdit de demander son historique salarial au candidat . Cette transparence est déjà un levier de performance : une offre mentionnant une fourchette attire 25 % de candidatures supplémentaires . À l'inverse, l'absence de clarté fait reculer les talents, notamment les jeunes de moins de 30 ans qui sont 71 % à réclamer cette visibilité.

De l'Index Pénicaud au nouveau reporting européen

L'actuel Index de l'égalité professionnelle (5 indicateurs) sera intégralement refondu au profit d'un système de sept indicateurs plus pointus . Ce nouvel outil rendra les données individuellement comparables au sein des catégories de valeur égale. Les obligations de reporting varieront selon la taille de l'entreprise :Entreprises de plus de 250 salariés : Rapport annuel détaillé. Entreprises de 50 à 250 salariés : Publication des écarts par catégorie tous les trois ans. Le seuil d'alerte est fixé à 5 % : tout écart de rémunération moyenne entre femmes et hommes supérieur à ce taux, et non justifié par des critères objectifs, imposera des mesures correctives en concertation avec les représentants du personnel

Le manager de proximité : clé de voûte du système

Si la technique repose sur les RH, la réussite sociale de la réforme dépend des managers de proximité. Ce sont eux qui seront en première ligne lorsque les salariés exerceront leur nouveau droit à l'information.Chaque collaborateur pourra en effet demander la rémunération moyenne, ventilée par sexe, pour sa catégorie de poste. Aujourd'hui, 63 % des managers avouent avoir du mal à expliquer les différences salariales au sein de leur équipe. Sans formation, la transparence risque de nourrir des tensions, des jalousies ou une baisse d'engagement. Le manager doit donc passer d'un rôle de "gardien du secret" à celui de pédagogue de la politique salariale

Risques juridiques et opportunités stratégiques

La directive introduit une arme redoutable : le renversement de la charge de la preuve. En cas de litige, ce ne sera plus au salarié de prouver la discrimination, mais à l'employeur de démontrer, preuves documentées à l'appui, que ses critères sont neutres et objectifs. Les sanctions financières pourront atteindre 1 % de la masse salariale en cas de défaut de reporting. Pourtant, les entreprises qui anticipent voient déjà les bénéfices. En finir avec l'opacité permet de : Renforcer la marque employeur : L'équité devient un argument de poids pour attirer les talents. Fidéliser les équipes : Le sentiment d'injustice est le premier moteur de démission. Améliorer la gouvernance : La transparence oblige à rationaliser les grilles et à mieux piloter la masse salariale.

Conclusion : Êtes-vous prêts ?

Actuellement, 78 % des entreprises françaises ne sont pas prêtes. Les experts conseillent de ne pas attendre la loi de transposition pour agir. Le travail d'audit, de classification des postes et de fiabilisation des données via des outils SIRH peut prendre plusieurs mois. En passant du "secret à la preuve", les RH ont l'opportunité de transformer une contrainte réglementaire en un puissant levier de confiance et de cohésion sociale. La question n'est plus "combien nous payons", mais "savons-nous pourquoi nous payons ce montant".En juin 2026, la réponse devra être limpide.